Par Le groupe des élèves administrateurs (O. Margouet, G. Martin pour les Galilée ; C. Hardy, J.-M. Lecoq pour les Césaire) le lundi 9 mars 2009, 00:32
Conseil Général de la Mayenne : une des démarches d’inspiration LOLF* parmi les plus abouties des collectivités territoriales
Interview de Serge Huteau, DGS par Nathalie Paré le 10 février 2009
Nathalie Paré : Quelle est l’origine de la démarche du CG de la Mayenne ? Quelles en sont les principales caractéristiques ?
Serge Huteau : Au départ, il y a la volonté politique du Président Jean Arthuis de donner plus de lisibilité aux politiques conduites par le Conseil général, d’améliorer la transparence et de développer l’évaluation et le contrôle de gestion. D’où mon arrivée au Conseil général en 2005. Nous avons alors conçu un projet global de changement, touchant à la fois à la stratégie, aux finances, à l’organisation, aux ressources humaines et à l’évaluation.
NP : En quoi vous êtes-vous inspiré de la LOLF ?
SH : Pour nous, à l’époque, la LOLF avait vocation à se généraliser aux collectivités locales. Avec la LOLF, l’Etat français s’engageait dans un processus de réforme de la gestion publique que d’autres pays, en particulier anglo-saxons, avaient déjà mis en œuvre, le New Public Management. Cette approche d’une gestion publique plus performante a vocation à se généraliser quel que soit le niveau de collectivité publique. Jean Arthuis avait été l’un des principaux promoteurs de la LOLF au niveau national et il souhaitait développer une approche similaire au Conseil général. Nous avons tenté d’éviter les écueils perçus de la LOLF au niveau de l’Etat, en dépassant en particulier le strict cadre budgétaire et comptable. Nous avons accordé une importance toute particulière à l’organisation et à la gestion des ressources humaines.
Nous sommes partis d’une analyse prospective du territoire pour identifier les enjeux majeurs de développement de la Mayenne, à partir desquels nous avons défini nos missions, au sens de la LOLF. Puis ces missions ont été déclinées en stratégies, les programmes, eux-mêmes déclinés en actions.
NP : Quatre ans après le démarrage de votre démarche de gouvernance, quels enseignements en tirez-vous ?
SH : Globalement le bilan est positif. La démarche a apporté une lisibilité sur l’action du Conseil général. Les débats en commission sont beaucoup plus centrés sur la stratégie. La nouvelle organisation des services et directions a également permis de mieux identifier « qui fait quoi » et à orienter leur action sur ces stratégies prioritaires. Nous avons également mis en place une commission d’étude transversale, la commission contrôle interne et coordination, présidée par Jean Arthuis lui-même et composée des présidents des autres commissions. Cette commission permet de débattre et d’arbitrer sur les priorités entre les missions. C’est par exemple sur la base des débats sur la prospective budgétaire pluriannuelle et sur les projets annuels de performances que sont données les lettres de cadrage, dès juillet, pour l’élaboration du budget n+1.
Le principal intérêt de notre démarche semble avoir été de lier le fonctionnement interne, les relations élus responsables de programme, l’évaluation annuelle des agents, le régime indemnitaire, aux priorités du Conseil général. Ce qui contribue à donner du sens à l’action de chacun. Nous avons écrit tout cela dans un projet institutionnel pluriannuel.
NP : Quelles sont les limites ou les blocages que vous avez rencontrés ?
SH : Il faut bien voir que la réglementation actuelle, notamment budgétaire, va à l’encontre de démarche de ce type. Nous devons voter notre budget par nature ou par fonction alors que la logique de performance est basée sur des priorités politiques qui diffèrent d’une collectivité à une autre. Techniquement cela signifie que nous avons du adapter notre logiciel comptable pour présenter des documents budgétaires qui répondent à la fois à la réglementation et à notre présentation « maison » des priorités politiques en missions et programmes.
Plus globalement, notre démarche met en évidence les limites de la réglementation budgétaire actuelle, organisée autour de l’annualité budgétaire. Rares sont les politiques publiques qui s’engagent sur une année. L’action publique locale s’inscrit dans la durée, les politiques sont généralement pluriannuelles. Même si la gestion en AP-CP (autorisations de programme et crédits de paiement) permet de prendre en compte cette pluriannualité, dans les collectivités territoriales le temps fort reste le vote du budget primitif alors que ce devrait être le DOB, moment ou s’exprime l’engagement politique. Non seulement le DOB n’est qu’un débat, sans vote et sans engagement budgétaire pluriannuel, mais en plus, il doit se tenir moins de deux mois avant le BP, ce qui revient à lui donner le sens d’un pré-BP et non d’un engagement sur une stratégie pluriannuelle. Il serait plus logique de donner au DOB une vraie valeur d’engagement pluriannuel (par le vote des AP et de l’échéancier des CP) et de le lier au compte administratif, base de référence pour actualiser la stratégie pluriannuelle.
L’autre limite, toujours réglementaire, concerne la gestion des ressources humaines et plus particulièrement les marges de manœuvre pour récompenser la performance. Mais il s’agit là d’une remise en cause fondamentale, celle de la fonction publique de carrière.
NP : Comment en savoir plus sur votre démarche ?
SH : Nous avons peu communiqué sur notre démarche. C’est culturel en Mayenne. Nous faisons sans le dire ; l’expérimentation à l’échelon du département du RSA, la mise en place de lieux d’accueil innovants, la valorisation énergétiques des déchets, autant de domaines que nous investissons sans le faire savoir.
Sur la démarche de nouvelle gouvernance locale, j’ai quand même écrit un ouvrage aux éditions du Moniteur : « La nouvelle gestion publique locale. ». Cà, vous pouvez le faire savoir !